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Gazole : l’AIE voit un marché mondial tendu jusqu’en 2027

L'Agence internationale de l'énergie a publié le 14 octobre 2026 son rapport mensuel : les exportations nettes de gazole du Moyen-Orient et de la Russie ont chuté de plus de 60 % en un an, les stocks de gazole de l'OCDE sont au plus bas depuis novembre 2023, et la reconstitution des réserves perdues est jugée peu probable avant le second semestre 2027. Ce que dit ce rapport sur les prix des carburants, et ce qu'il ne permet pas d'affirmer.

Gazole : l’AIE voit un marché mondial tendu jusqu’en 2027Repères 15dumois — AIE, rapport sur le marché pétrolier d'octobre 2026 — Sources : rapport mensuel sur le marché pétrolier d'octobre 2026, publié le 14 octobre 2026 (iea.org).

Le 14 octobre 2026, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié son rapport mensuel sur le marché pétrolier. Sur le gazole, sa conclusion est nette : même avec un raffinage mondial qui redémarre, « la reconstitution des stocks perdus, hors variations saisonnières habituelles, est peu probable avant le second semestre 2027 ». Le marché du gazole restera donc tendu pendant une bonne partie de 2027, à l’entrée de l’hiver. Voici ce que dit ce rapport, chiffres à l’appui, et ce qu’il ne dit pas.

Un déséquilibre venu de l’offre, pas de la demande

La demande mondiale de gazole est peu sensible au prix : le carburant reste difficile à remplacer dans le transport routier, l’agriculture, la construction et une partie de l’industrie. Ce qui a lâché, c’est l’offre.

Selon l’AIE, les exportations nettes cumulées du Moyen-Orient et de la Russie sont tombées à 820 000 barils par jour en septembre 2026, soit 1,3 million de barils par jour de moins qu’un an plus tôt — une chute de plus de 60 % en un an. Trois causes se cumulent. L’activité des raffineries du Moyen-Orient reste freinée et les livraisons de produits raffinés de la région demeurent inférieures à la moitié de leur niveau d’avant-guerre. Les raffineries russes subissent des attaques de drones ukrainiens. Et la baisse des flux de brut dans le détroit d’Ormuz a réduit les volumes traités par les raffineries asiatiques.

Effet sur la production : la production mondiale de gazole est estimée à 27,2 millions de barils par jour au troisième trimestre 2026, 1,7 million de barils par jour de moins qu’au troisième trimestre 2025. Sur les neuf premiers mois de l’année, les exportations mondiales de gazole et de diesel ont atteint 4,7 millions de barils par jour en moyenne, 10 % de moins qu’en 2025.

Des stocks au plus bas à l’entrée de l’hiver

Les réserves se sont vidées à contretemps. L’AIE relève que les prélèvements sur les stocks de gazole ont été contra-saisonniers au troisième trimestre, à un moment où ils se reconstituent d’ordinaire avant l’hiver. Les stocks de gazole de l’OCDE sont tombés à 565 millions de barils en juillet 2026, 5 % sous leur niveau d’avant le conflit et au plus bas depuis novembre 2023.

Au global, les stocks de pétrole observés étaient 509 millions de barils sous leur niveau de fin février 2026 à la fin septembre, et les stocks à terre au plus bas depuis 2016 au moins. L’AIE s’attend à ce que les prélèvements s’accélèrent en octobre, entre reprise saisonnière de la demande et maintenance des raffineries.

Des prix de gros records, et une détente fragile

Les prix de gros du gazole ont dépassé 200 dollars le baril à Singapour à la mi-septembre 2026 et atteint des records historiques d’environ 220 dollars le baril en Europe et aux États-Unis. Les prix de détail du gazole ont suivi, à des niveaux records dans la plupart des grandes économies, selon l’AIE. Ces références de gros restent « près du double » du prix du brut et de leur niveau d’avant-crise.

La détente observée depuis est fragile. Les marges de raffinage européennes sur le gazole sont retombées de 100 à environ 60 dollars le baril début octobre, sous l’effet de la flambée des coûts de transport maritime. Et comme ces tensions sur le fret se sont étendues à d’autres types de navires, l’AIE prévient que les prix du gazole livré en Europe, en Afrique et en Amérique latine pourraient remonter dans les prochaines semaines.

Ce que cela change pour les ménages

Le rapport mesure aussi l’effet sur les budgets. Les prix records du gazole ont « déjà de larges répercussions économiques, en augmentant le coût des biens et en pesant sur le revenu réel des ménages, l’activité économique et l’inflation », écrit l’AIE. Autre effet, moins attendu : devant des prix élevés, des acheteurs ont différé leurs achats de fioul de chauffage. Ce report allège la demande aujourd’hui, mais laisse des cuves à remplir avant l’hiver.

Les réponses publiques restent, pour l’essentiel, des mesures d’approvisionnement de court terme. Le G7 s’est engagé le 2 octobre 2026 à accélérer la livraison des volumes décidés dans l’action collective de l’AIE du 11 mars, avec la priorité au gazole. En France, la mise sur le marché des 10 millions de barils de gazole tirés des stocks stratégiques, annoncée le 7 octobre, doit démarrer début novembre — nous avons détaillé ce que promettent les distributeurs. L’horizon du rapport, lui, se situe à la deuxième moitié de 2027 : un retour à l’équilibre est attendu au premier trimestre 2027, mais il ne suffira pas, selon l’AIE, à compenser le déficit accumulé en 2026. Sans reprise des livraisons du Moyen-Orient, l’agence envisage des « réductions de la demande » supplémentaires et des « coûts économiques importants ».

Le sujet rejoint deux dossiers que nous suivons : les ruptures de carburant en station et la libération de barils décidée par le G7, ainsi que le prix du fioul domestique.

Ce que nous n’affirmons pas

Nous ne chiffrons pas de hausse attendue à la pompe en France : le rapport décrit des équilibres mondiaux et des prix de gros, pas un prix de détail français. Nous ne présentons pas la tension « jusqu’en 2027 » comme une certitude : c’est la prévision de l’AIE, conditionnée à la reprise des livraisons de produits pétroliers du Moyen-Orient et à l’absence de nouvelle perturbation. Nous ne jugeons pas non plus l’effet du déstockage français, qui n’est pas encore appliqué. Enfin, les montants en dollars le baril cités sont des références de gros et de brut : ils ne sont jamais un prix à la pompe.

Source : Agence internationale de l’énergie, rapport mensuel sur le marché pétrolier (Oil Market Report) d’octobre 2026, publié le 14 octobre 2026 (iea.org). Tous les chiffres de cet article — exportations, stocks, prix de gros, marges de raffinage, prévisions — viennent de ce rapport, consulté le 14 octobre 2026. Le sujet n’a été vu ni par Google Trends ni par le radar de presse : il vient de la recherche propre de la passe, et sa source est la publication de l’AIE elle-même.

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