Baisse du gazole au 1er novembre 2026 : ce qui est décidé, ce que TotalEnergies promet, ce qui reste incertain
Le Premier ministre a réuni le 12 octobre 2026 les distributeurs de carburants pour organiser la mise sur le marché des 10 millions de barils de gazole tirés des stocks stratégiques français, décidée le 7 octobre et prévue pour trois mois à partir de début novembre. À la sortie, le PDG de TotalEnergies s'est engagé à baisser le gazole des particuliers de 8 à 12 centimes par litre et le gazole non routier de 20 centimes, en maintenant le plafond de 2,25 €/L dans ses stations, alors que le gouvernement vise 12 à 18 centimes. Le prix moyen déclaré du gazole le 12 octobre est de 2,3541 € le litre. Aucune de ces baisses n'est encore un prix constaté : la baisse dépend de chaque distributeur, et seule la pompe dira ce qui a été répercuté.
Graphique 15dumois — ministère de l'Économie, Licence Ouverte 2.0 — Sources : Communiqué du ministère de l'Économie n° 1098, 7 octobre 2026 ; ministère de l'Économie, prix des carburants en France — flux instantané (open data, Licence Ouverte 2.0), relevé du 12 octobre 2026 ; AFP, déclarations de Patrick Pouyanné à Matignon, 12 octobre 2026. Le Premier ministre a réuni lundi 12 octobre 2026 à Matignon les distributeurs de carburants, pour organiser la mise sur le marché des 10 millions de barils de gazole tirés des stocks stratégiques français. L’opération avait été annoncée le 7 octobre et doit démarrer début novembre, sur trois mois.
À sa sortie de la réunion, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s’est engagé à répercuter une baisse de 8 à 12 centimes par litre sur le gazole vendu aux particuliers, et de 20 centimes sur le gazole non routier (GNR). Le gouvernement, lui, vise depuis le 7 octobre une fourchette de 12 à 18 centimes. Deux chiffres différents, et aucun des deux n’est un prix constaté : ce sont des engagements, à l’égard desquels le gouvernement promet des contrôles. Le prix moyen du gazole déclaré par les stations le 12 octobre est de 2,3541 € le litre.
Ce qui est décidé, et par qui
La décision ne vient pas d’un distributeur mais du gouvernement. Un communiqué du ministère de l’Économie daté du 7 octobre 2026 annonce la mise sur le marché de 10 millions de barils de diesel issus des stocks stratégiques français, « à leur prix d’acquisition avant crise », pour faire baisser les prix à la pompe « pendant trois mois ». Ces barils représentent, selon le communiqué, « une partie significative des 54 millions de barils consommés sur trois mois » — soit un peu plus d’un litre sur cinq mis à la pompe en France sur la période.
Trois précisions figurent dans ce même communiqué. Les volumes seront mis sur le marché par la SAGESS, l’opérateur qui gère les stocks stratégiques pour le compte de l’État. Tous les distributeurs en seront destinataires. Les stocks seront reconstitués progressivement après la crise, « en fonction des conditions de marché » : la mesure est temporaire, ce n’est pas une réforme du prix des carburants.
Cette opération s’inscrit dans un accord du G7 conclu le 2 octobre 2026, portant sur la mobilisation de 100 millions de barils de produits pétroliers issus des réserves des grandes économies.
Comment ces barils seront répartis
La répartition suit les parts de marché de 2025, a indiqué Patrick Pouyanné à l’issue de la réunion. Selon lui, cela donne environ 2,3 millions de barils à TotalEnergies, 6,5 millions à la grande distribution et 1,2 million aux autres stations.
Cette clé de répartition est défavorable au groupe, explique son PDG : sa part de marché a progressé depuis un an, passant de 23 % en 2025 à « plus de 30 % » aujourd’hui selon ses propres chiffres, notamment parce que le plafonnement qu’il applique dans ses stations attire des clients. Un partage fondé sur 2026 lui aurait donné davantage de volumes. Cette appréciation est une déclaration d’entreprise, pas un calcul administratif, et nous la rapportons comme telle.
Ce que TotalEnergies s’engage à baisser
Les engagements annoncés le 12 octobre par le PDG de TotalEnergies, pris devant la presse à sa sortie de Matignon :
- Gazole, particuliers : une baisse « de 8 à 12 centimes », soit « une dizaine de centimes », en dessous donc des 12 à 18 centimes visés par le gouvernement.
- Gazole non routier (GNR) : « 20 centimes d’euro du litre » pour les agriculteurs, les entreprises du bâtiment et des travaux publics et les pêcheurs. Le GNR n’est pas concerné par le plafonnement appliqué aux particuliers.
- Fioul domestique : le groupe s’attend à « environ 200 euros du mètre cube en moins » à partir du 1er novembre, sans en faire un engagement chiffré au centime près.
- Plafonnement maintenu : le prix du gazole pour les particuliers reste plafonné à 2,25 € le litre dans ses stations, celui de l’essence à 1,99 € le litre. Ce plafond est en place depuis le 22 juillet 2026.
Un exemple donné par M. Pouyanné pour situer l’effet attendu : « Si l’avantage qu’on nous donne existait aujourd’hui, le prix serait autour de 2,15 » euros le litre dans ses stations. C’est une reconstitution, pas un prix affiché.
Du côté des stations traditionnelles, le président de la branche stations-service du réseau Mobilians a indiqué que la baisse serait répercutée « dès qu’on aura du prix remisé », la marge de ces stations étant fixe. Aucune autre enseigne n’a annoncé de chiffre au moment où nous écrivons.
Ce que cela peut représenter sur un plein
Les montants ci-dessus sont des fourchettes annoncées. Appliquées à un plein, elles donnent les ordres de grandeur suivants — ce sont nos calculs, à partir des fourchettes publiques, et non des baisses constatées :
| Plein de | Baisse de 8 à 12 c€/L (TotalEnergies) | Baisse de 12 à 18 c€/L (cible du gouvernement) |
|---|---|---|
| 50 litres | 4,00 € à 6,00 € | 6,00 € à 9,00 € |
| 55 litres | 4,40 € à 6,60 € | 6,60 € à 9,90 € |
| 60 litres | 4,80 € à 7,20 € | 7,20 € à 10,80 € |
Nos calculs. Les fourchettes de baisse sont celles annoncées publiquement (8 à 12 centimes par litre chez TotalEnergies pour le gazole des particuliers ; 12 à 18 centimes par litre pour l’objectif gouvernemental du 7 octobre 2026). Le volume du plein est une hypothèse de calcul, pas une donnée observée : un plein de 50 litres, de 55 litres ou de 60 litres ne correspond à aucun véhicule particulier identifié.
Pour situer ces montants, voici les prix moyens déclarés par les stations françaises, relevés le 12 octobre 2026 à partir du fichier officiel des prix des carburants :
| Carburant | Prix moyen déclaré le 12 octobre 2026 | Stations déclarantes |
|---|---|---|
| Gazole | 2,3541 €/L | 8 938 |
| SP95-E10 | 2,1711 €/L | 6 821 |
| E85 | 0,9099 €/L | 3 683 |
Notre relevé. Moyennes simples des prix déclarés par les stations dans le fichier officiel « prix des carburants en France, flux instantané » publié en open data par le ministère de l’Économie (Licence Ouverte 2.0), interrogé le 12 octobre 2026 à 4 h 00 ; la déclaration la plus récente du fichier datait de 5 h 29 ce même jour. Une moyenne de prix déclarés n’est pas un prix payé : elle ne tient compte ni des volumes vendus par station, ni des remises de fidélité.
Une particularité du moment mérite d’être notée : le gazole est plus cher que l’essence. C’est le carburant le plus consommé en France, et le seul concerné par l’opération sur les stocks stratégiques.
Ce qui reste incertain
Trois choses ne sont pas acquises, et il faut les distinguer de ce qui est décidé.
- La baisse elle-même dépend de chaque distributeur. L’État cède des volumes à prix bas, il ne fixe pas le prix de vente. La porte-parole du gouvernement a annoncé que les marges seraient contrôlées « station par station », et le ministre chargé du pouvoir d’achat que 350 stations « prioritaires », notamment les plus isolées, feraient l’objet d’une attention particulière des préfets. Ces contrôles annoncent une intention ; ils ne garantissent pas un montant par litre.
- Le calendrier est une fourchette. « Début novembre » et « au fur et à mesure » sont les termes employés ; le déstockage est réparti sur une cinquantaine de sites et s’étalera sur trois mois.
- Le marché peut jouer dans les deux sens. Le cours du brut, les marges de raffinage et l’annonce d’un accord entre Washington et Moscou sur le gazole russe peuvent faire bouger les prix indépendamment de l’opération. M. Pouyanné s’attend à une « détente » de ce côté : c’est une anticipation, pas un fait établi.
Un point de méthode, enfin, sur ce que nous pourrons vérifier : la baisse annoncée se lira dans les prix réellement affichés, que nous relevons chaque jour dans le fichier officiel. Tant que ces relevés ne montrent pas de mouvement, la baisse reste annoncée.
Ce qui n’est pas concerné
L’opération porte sur le gazole, et sur lui seul. Les automobilistes roulant à l’essence (SP95, SP95-E10, SP98), au GPL ou au superéthanol E85 ne sont pas concernés par ce déstockage.
Elle ne se confond pas non plus avec les aides déjà en place, qui ne sont pas supprimées : l’aide de 100 euros par mois d’octobre à décembre pour les gros rouleurs est un dispositif distinct, versé selon les conditions que nous décrivons dans notre article Aide carburant de 100 euros : qui la touche, et comment elle est versée. Les aides aux professions les plus exposées (pêcheurs, bâtiment et travaux publics, agriculteurs) sont également maintenues, et elles visent le gazole non routier ou professionnel, pas le gazole vendu aux particuliers.
Ce que nous ne publions pas
Aucun montant d’économie garantie. Les 8 à 12 centimes de TotalEnergies sont un engagement d’entreprise, les 12 à 18 centimes du gouvernement une estimation : ni l’un ni l’autre n’est une baisse observée, et nous ne les présentons pas comme telles. Nous ne multiplions pas ces fourchettes par une consommation annuelle pour produire une facture, et nous ne reprenons pas comme un fait l’affirmation selon laquelle un plein moyen coûterait « 10 euros de moins » : c’est une estimation conditionnelle, écrite comme telle par ses auteurs.
Nous ne savons pas non plus quelle sera la baisse effective dans une station donnée : elle dépendra du réseau, du moment du réapprovisionnement et de la concurrence locale. C’est ce que nos relevés diront, quand ils le diront.
Nos sources
- Le Gouvernement met sur le marché 10 millions de barils de diesel pour une baisse de prix estimée à de 12 à 18 centimes du litre — communiqué de presse n° 1098, ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, 7 octobre 2026 (volumes, prix d’acquisition avant crise, durée de trois mois, SAGESS, 54 millions de barils consommés sur trois mois, contrôles renforcés, reconstitution des stocks).
- Prix des carburants en France — flux instantané — ministère de l’Économie, open data, Licence Ouverte 2.0 ; fichier interrogé le 12 octobre 2026 à 4 h 00 pour les prix moyens déclarés (gazole, SP95-E10, E85) et le nombre de stations déclarantes.
- Déclarations de Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies, à l’issue de la réunion de Matignon du 12 octobre 2026, rapportées par l’AFP (fourchette de 8 à 12 centimes sur le gazole des particuliers, 20 centimes sur le GNR, plafond maintenu à 2,25 €/L, répartition des volumes selon les parts de marché 2025, exemple du prix « autour de 2,15 € »).
- Déclarations de Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie, et de Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, le 12 octobre 2026 : contrôle des marges station par station, 350 stations prioritaires, début du déstockage au plus tard début novembre.
- Communiqué de TotalEnergies du 22 juillet 2026 sur la remise en place du plafonnement des prix (1,99 €/L pour l’essence, 2,25 €/L pour le gazole).
Pour le contexte des dernières semaines, voir notre article sur les ruptures de carburant dans les stations au 10 octobre 2026, celui qui détaille l’aide annoncée aux stations-service isolées et aux communes rurales, et celui qui revient sur l’accord du G7 sur 100 millions de barils. Pour comprendre les écarts de prix entre stations, notre article sur les écarts de prix d’une station à l’autre reste valable. Notre méthode de vérification des prix est décrite sur les pages Comment nous vérifions les prix et Notre méthode.
Sources complémentaires : communiqué du ministère de l’Économie du 7 octobre 2026 ; communiqués du G7 des 2 et 3 octobre 2026 ; relevé des prix des carburants du 12 octobre 2026 (ministère de l’Économie, open data).
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