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L’énergie a pris plus de 60 %, l’alimentation 35 % : ce qui a le plus augmenté depuis 2015

Dans un point publié le 15 octobre 2026, l'Insee détaille vingt ans de pouvoir d'achat et dix ans de prix. L'indice général a gagné 23 % entre 2015 et le premier semestre 2026, mais l'énergie a pris plus de 60 %, l'alimentation 35 % et les assurances 41 %, quand les produits manufacturés n'ont augmenté que de 4 %. L'écart entre le chiffre moyen et le ressenti s'explique en partie par les dépenses pré-engagées, que l'Insee isole dans un indicateur distinct.

L’énergie a pris plus de 60 %, l’alimentation 35 % : ce qui a le plus augmenté depuis 2015Graphique 15dumois — source : Insee — Sources : Insee — « Pouvoir d'achat, inégalités de revenu et pauvreté », 15 octobre 2026 ; note de conjoncture de septembre 2026.

L’Insee a publié le 15 octobre 2026 un point complet sur le pouvoir d’achat, les prix, les inégalités et la pauvreté. Un chiffre y résume le paradoxe : le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages a progressé de 28,9 % entre 2005 et 2025, soit +1,3 % par an. Mais rapporté au nombre d’unités de consommation — c’est-à-dire par personne, en tenant compte de la taille du foyer —, il n’a augmenté que de 13,4 %, soit +0,6 % par an. Et cette moyenne recouvre des postes de dépense qui ont pris beaucoup plus vite que les autres.

Énergie, alimentation, loyers : ce qui a le plus augmenté

Sur la période 2015 – premier semestre 2026, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 23 %, soit 2,0 % par an en moyenne. La répartition par poste est très inégale.

L’énergie a augmenté de plus de 60 % en une dizaine d’années. Le prix du gaz de ville a plus que doublé, comme celui du fioul domestique ; l’électricité a pris 43 % par rapport à 2015 ; les carburants étaient 31 % plus chers qu’en 2015 à la fin de l’année 2025. L’Insee rappelle que ces prix suivent les crises géopolitiques : entre juin 2021 et juin 2022, les carburants ont pris 41 % et le gaz 49 % ; en avril 2026, après la guerre en Iran et la crise du détroit d’Ormuz, les carburants valaient 30 % de plus qu’à la fin 2025.

L’alimentation a augmenté de 35 % entre 2015 et le premier semestre 2026, dont 21 % en trois ans pendant la poussée inflationniste de 2021 à 2024. Les écarts entre rayons sont importants : +56 % pour les légumes, +51 % pour les fruits, +61 % pour l’huile et le beurre, +46 % pour le poisson et les boissons gazeuses, +35 % pour la viande, +33 % pour les laitages et les oeufs. Moins : +28 % pour le pain, +27 % pour les céréales, +22 % pour les plats préparés, +21 % pour les pâtes et le couscous.

Les services ont augmenté de 20 % : +28 % pour la restauration et l’hébergement, +25 % pour les transports de passagers, environ +20 % pour les loisirs, le sport et les spectacles. Les primes d’assurance ont pris 41 % par rapport à 2015. À l’inverse, les services d’information et de communication ont baissé de 17 %, et les produits manufacturés n’ont augmenté que de 4 % en dix ans.

Deux postes de logement doivent être distingués, car ils ne mesurent pas la même chose. Les loyers, qui pèsent 7 % de l’indice des prix, ont augmenté de 11 % en une dizaine d’années. Le prix d’achat des logements, lui, a pris 27 % en dix ans et a été multiplié par 2,6 en vingt-cinq ans — mais il n’entre pas dans l’indice des prix à la consommation, qui ne couvre que les dépenses de consommation, pas l’achat d’un actif.

Pourquoi l’inflation ressentie est souvent plus élevée que l’inflation mesurée

L’Insee ne parle pas d’erreur de perception : il décrit des mécanismes. Les ménages prêtent davantage attention aux prix qu’ils voient souvent — alimentation, restauration, carburants — qu’aux baisses de prix des biens achetés rarement, comme l’électronique. L’indice mesure ensuite l’évolution à qualité constante : un ordinateur vendu au même prix qu’il y a trente ans offre des performances supérieures, ce qui est enregistré comme une baisse de prix. Enfin, la hausse des prix de l’immobilier n’est pas dans l’indice, puisqu’il s’agit d’un investissement et non d’une dépense de consommation.

L’Insee publie pour cette raison un indicateur moins connu : le pouvoir d’achat arbitrable. Il retire du revenu disponible les dépenses pré-engagées, c’est-à-dire celles qui découlent d’un contrat difficilement renégociable à court terme — logement, énergie, assurances, télécommunications. Ce qui reste mesure les marges de manoeuvre réelles pour consommer ou épargner. C’est souvent là que l’écart avec le chiffre moyen se joue.

Le pouvoir d’achat progresse, mais de moins en moins vite

La progression reste réelle sur longue période, elle est simplement plus lente. Par unité de consommation, le pouvoir d’achat a augmenté de 0,6 % par an depuis 2005, contre 1,7 % par an au cours des vingt années précédentes. Entre 2004 et 2024, le niveau de vie a progressé dans tous les déciles, de +9 % pour les plus modestes à +17 % pour les 7e et 8e déciles. Les ménages aisés ayant davantage gagné, l’écart s’est creusé : le rapport entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes est passé de 4,0 à 4,6.

Pour 2026, la note de conjoncture de septembre de l’Insee prévoit un pouvoir d’achat en léger recul, comme en 2025, mais pour d’autres raisons. En 2025, la baisse venait surtout des revenus du patrimoine, concentrés chez les ménages aisés. En 2026, elle viendrait de l’inflation qui ne se répercute qu’avec retard dans les salaires et de la baisse de l’emploi salarié : les revenus d’activité reculeraient en termes réels pour la première fois depuis 1993, hors crise sanitaire, alors que le PIB progresserait de 0,4 %.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Un indicateur national décrit une moyenne, pas une trajectoire individuelle. L’Insee le souligne : les ménages changent de position dans l’échelle des revenus au fil des années, et une perte d’emploi, une séparation ou un départ à la retraite peut faire baisser durablement le niveau de vie d’une personne alors que la moyenne progresse. Le pouvoir d’achat du salaire, qui ne tient compte ni des autres revenus ni des transferts sociaux, varie lui aussi fortement selon les métiers : entre 2019 et 2024, il a augmenté de 5,7 % pour les dentistes, psychologues et vétérinaires, et diminué de 7,1 % dans les professions de l’information, des arts et des spectacles — une baisse ramenée à 1,3 % si l’on ne compare que les salariés restés dans la même profession.

Ces données éclairent donc les arbitrages collectifs, pas la situation d’un foyer précis. Pour le budget d’un ménage, les repères utiles restent les prix effectivement pratiqués, les contrats souscrits et les barèmes en vigueur — c’est ce que nous suivons au quotidien, du prix repère du gaz au montant de l’IRL pour les loyers, en passant par les prix des fruits et légumes et les frais d’assurance.

Pour situer ces évolutions par rapport à l’inflation la plus récente, voir notre article sur les 3,1 % de septembre 2026 sur un an, et sur ce que les ménages déclarent de leurs difficultés à payer leurs factures.

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